BRUTALISME – Par Marie-Pierre Lannelongue

Le BRUTALISME… Dit comme ça , le mot fait peur. Mais, pour les amateurs d’architecture, c’est le nec plus ultra : il dit la beauté du béton brut, gris, graphique. Ce style s’incarne au mieux dans les grands ensembles de l’après-guerre, ces immeubles qui ont d’abord représenté une utopie, un espoir fait d’appartements spacieux et fonctionnels.

Texte de Marie-Pierre Lannelongue
M Le Magazine du Monde
30 juin 2018, Édito. p. 7.

Photo 1 – Neubrandenburg, Allemagne. Parking, centre commercial et hôtel. Par flamenc [CC BY-SA 3.0], sur Wikimedia Commons

Photo 2 – Centre National de danse à Pantin (Seine Saint-Denis), conçu en 1965 par Jacques Kalisz. Par Cinerama14 [CC BY-SA 4.0], sur Wikimedia Commons

Du Bellay (Joachim). Heureux qui, comme Ulysse…

PDF (Réservé aux adhérents)


Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,
Ou comme cestuy-là qui conquit la toison,
Et puis est retourné, plein d’usage et raison,
Vivre entre ses parents le reste de son âge !

Quand reverrai-je, hélas, de mon petit village
Fumer la cheminée, et en quelle saison
Reverrai-je le clos de ma pauvre maison,
Qui m’est une province, et beaucoup davantage ?

Plus me plaît le séjour qu’ont bâti mes aïeux,
Que des palais romains le front audacieux,
Plus que le marbre dur me plaît l’ardoise fine,

Plus mon Loir gaulois, que le Tibre latin,
Plus mon petit Liré, que le mont Palatin,
Et plus que l’air marin la douceur angevine.

Les Regrets (1558)

Baudelaire (Charles). Moesta et errabunda


PDF (Réservé aux adhérents)


Dis-moi ton cœur parfois s’envole-t-il, Agathe,
Loin du noir océan de l’immonde cité
Vers un autre océan où la splendeur éclate,
Bleu, clair, profond, ainsi que la virginité ?
Dis-moi, ton cœur parfois s’envole-t-il, Agathe ?

La mer la vaste mer, console nos labeurs !
Quel démon a doté la mer, rauque chanteuse
Qu’accompagne l’immense orgue des vents grondeurs,
De cette fonction sublime de berceuse ?
La mer, la vaste mer, console nos labeurs !

Emporte-moi wagon! Enlève-moi, frégate !
Loin! Loin! Ici la boue est faite de nos pleurs !
– Est-il vrai que parfois le triste coeur d’Agathe
Dise: Loin des remords, des crimes, des douleurs,
Emporte-moi, wagon, enlève-moi, frégate ?

Comme vous êtes loin, paradis parfumé,
Où sous un clair azur tout n’est qu’amour et joie,
Où tout ce que l’on aime est digne d’être aimé,
Où dans la volupté pure le cœur se noie !
Comme vous êtes loin, paradis parfumé !

Mais le vert paradis des amours enfantines,
Les courses, les chansons, les baisers, les bouquets,
Les violons vibrant derrière les collines,
Avec les brocs de vin, le soir, dans les bosquets,
– Mais le vert paradis des amours enfantines,

L’innocent paradis, plein de plaisirs furtifs,
Est-il déjà plus loin que l’Inde et que la Chine ?
Peut-on le rappeler avec des cris plaintifs,
Et l’animer encore d’une voix argentine,
L’innocent paradis plein de plaisirs furtifs ?

Les Fleurs du mal (1857)