Perrault (Charles). Le Chat botté

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Lorsque le Chat eut ce qu’il avait demandé, il se botta bravement, et, mettant son sac à son cou, il en prit les cordons avec ses deux pattes de devant, et s’en alla dans une garenne où il y avait grand nombre de lapins. Il mit du son et des lasserons dans son sac, et, s’étendant comme s’il eût été mort, il attendit que quelque jeune lapin, peu instruit encore des ruses de ce monde, vînt se fourrer dans son sac pour manger ce qu’il y avait mis.

Histoires ou Contes du temps passé (1697)

Ollier (Claude). Dans le château noir

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Le Château Noir est accroupi sur ce roc d’enfer, suspendu comme une menace au-dessus de cet abîme. Le Château Noir existe. Il a une place sur la terre et sur la carte, il est plus terrible à voir que les horribles châteaux dessinés par l’imagination extravagante et maladive des poètes ! Le voyageur descend lentement, se trouve devant un nouveau corridor obscur, un vrai tunnel où règne une odeur âcre, l’odeur de la vieille terre qu’on vient de remuer. Il avance avec difficulté. À la fin, pourtant, il arrive devant une porte qui, bien qu’elle semble fermée à clef, cède un peu quand il appuie la main. Une lumière brille de l’autre côté de la porte… Quel spectacle ! Un homme est là au centre de la pièce, assis à un petit bureau, et il écrit. Il tourne le dos. On ne voit que son dos, monstrueux, courbé. Que fait-il là, solitaire ? Qu’écrit-il ? À qui écrit-il ? Ah, voir sa figure ! Le surprendre ! Le voyageur avance d’un pas.

Commentaire
Ces lignes sont extraites de « Pulsion », de Claude Ollier, paru pour la première fois dans « Jacques Derrida », L’Arc, 57, 3e trimestre 1973, pp. 53-58, avant d’être repris dans Nébules, Flammarion, 1981. Elles sont centrées sur la figure de Nabû, qui est le dieu mésopotamien du savoir et de l’écriture. Elles assemblent trois fragments à la manière d’un collage surréaliste (nous pensons à ceux de Max Ernst).

Le premier fragment (« Le Château Noir est accroupi sur ce roc d’enfer, suspendu comme une menace au-dessus de cet abîme. Le Château Noir existe. Il a une place sur la terre et sur la carte, il est plus terrible à voir que les horribles châteaux dessinés par l’imagination extravagante et maladive des poètes ! ») sort tout droit du roman de Gaston Leroux, Le Château noir (1914), chapitre VII, Expédition.

Un second fragment (« Le voyageur descend lentement, se trouve devant un nouveau corridor obscur, un vrai tunnel où règne une odeur âcre, l’odeur de la vieille terre qu’on vient de remuer. Il avance avec difficulté. À la fin, pourtant, il arrive devant une porte qui, bien qu’elle semble fermée à clef, cède un peu quand il appuie la main ») est repris par l’auteur (Claude Ollier), de manière moins littérale mais tout aussi indubitable, d’un passage du Dracula de Bram Stoker.

Quant au troisième fragment (« Une lumière brille de l’autre côté de la porte… Quel spectacle ! Un homme est là au centre de la pièce, assis à un petit bureau, et il écrit. Il tourne le dos. On ne voit que son dos, monstrueux, courbé »), il démarque un roman de Gaston Leroux cette fois, le très célèbre Mystère de la chambre jaune (1907), chapitre XV, Traquenard, où on peut lire: « L’homme est là, assis au petit bureau de Mlle Stangerson, et il écrit. Il me tourne le dos. Il a une bougie devant lui ; mais, comme il est penché sur la flamme de cette bougie, la lumière projette des ombres qui me le déforment. Je ne vois qu’un dos monstrueux, courbé ».

Rimbaud (Arthur). Enfance

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Au bois il y a un oiseau, son chant vous arrête et vous fait rougir.
Il y a une horloge qui ne sonne pas.
Il y a une fondrière avec un nid de bêtes blanches.
Il y a une cathédrale qui descend et un lac qui monte.
Il y a une petite voiture abandonnée dans le taillis, ou qui descend le sentier en courant, enrubannée.
Il y a une troupe de petits comédiens en costumes, aperçus sur la route à travers la lisière du bois.
Il y a enfin, quand l’on a faim et soif, quelqu’un qui vous chasse.

Illuminations (1886)