Alain Fournier. Le Grand Meaulnes

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Lorsqu’il faisait noir, que les chiens de la ferme voisine commençaient à hurler et que le carreau de notre petite cuisine s’illuminait, je rentrais enfin. Ma mère avait commencé de préparer le repas. Je montais trois marches de l’escalier du grenier ; je m’asseyais sans rien dire et, la tête appuyée aux barreaux froids de la rampe, je la regardais allumer son feu dans l’étroite cuisine où vacillait la flamme d’une bougie.

Mais quelqu’un est venu qui m’a enlevé à tous ces plaisirs d’enfant paisible. Quelqu’un a soufflé la bougie qui éclairait pour moi le doux visage maternel penché sur le repas du soir. Quelqu’un a éteint la lampe autour de laquelle nous étions une famille heureuse, à la nuit, lorsque mon père avait accroché les volets de bois aux portes vitrées. Et celui-là, ce fut Augustin Meaulnes, que les autres élèves appelèrent bientôt le grand Meaulnes.

Le Grand Meaulnes (1913)

Perrault (Charles). Le Petit Chaperon rouge

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Il était une fois une petite fille de village, la plus jolie qu’on eût su voir ; sa mère en était folle, et sa mère-grand plus folle encore. Cette bonne femme lui fit faire un petit chaperon rouge, qui lui seyait si bien que partout on l’appelait le Petit Chaperon rouge.

Le loup se mit à courir de toute sa force par le chemin qui était le plus court, et la petite fille s’en alla par le chemin le plus long, s’amusant à cueillir des noisettes, à courir après des papillons, et à faire des bouquets des petites fleurs qu’elle rencontrait.

Histoires ou Contes du temps passé (1697)

Perrault (Charles). Le Petit Poucet

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Il survint une grosse pluie, qui les perça jusqu’aux os ; ils glissaient à chaque pas, et tombaient dans la boue, d’où ils se relevaient tout crottés, ne sachant que faire de leurs mains.

Le Petit Poucet grimpa au haut d’un arbre, pour voir s’il ne découvrirait rien ; ayant tourné la tête de tous côtés, il vit une petite lueur comme d’une chandelle, mais qui était bien loin, par delà la forêt. Il descendit de l’arbre, et, lorsqu’il fut à terre, il ne vit plus rien : cela le désola.

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Desnos (Robert). L’Ours


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Le grand ours est dans la cage,
Il s’y régale de miel.
La Grande Ourse est dans le ciel,
Au pays bleu des orages.

Bisque ! Bisque ! Bisque ! Rage !
Tu n’auras pour tout potage
Qu’un balai dans ton ménage,
Une gifle pour tes gages,
Ta chambre au dernier étage
Et un singe en mariage.

Chantefables et Chantefleurs (1944)

Baudelaire (Charles). La Servante au grand cœur…


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La servante au grand coeur dont vous étiez jalouse,
Et qui dort son sommeil sous une humble pelouse,
Nous devrions pourtant lui porter quelques fleurs.
Les morts, les pauvres morts, ont de grandes douleurs,
Et quand Octobre souffle, émondeur des vieux arbres,
Son vent mélancolique à l’entour de leurs marbres,
Certe, ils doivent trouver les vivants bien ingrats,
À dormir, comme ils font, chaudement dans leurs draps,
Tandis que, dévorés de noires songeries,
Sans compagnon de lit, sans bonnes causeries,
Vieux squelettes gelés travaillés par le ver,
Ils sentent s’égoutter les neiges de l’hiver
Et le siècle couler, sans qu’amis ni famille
Remplacent les lambeaux qui pendent à leur grille.

Lorsque la bûche siffle et chante, si le soir,
Calme, dans le fauteuil, je la voyais s’asseoir,
Si, par une nuit bleue et froide de décembre,
Je la trouvais tapie en un coin de ma chambre,
Grave, et venant du fond de son lit éternel
Couver l’enfant grandi de son œil maternel,
Que pourrais-je répondre à cette âme pieuse,
Voyant tomber des pleurs de sa paupière creuse ?

Les Fleurs du mal (1857)

Cadiot (Olivier). Comme la mer


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Comme je n’avais pas vu la mer, mais je voyais ces champs de blé du haut de là où nous étions avec mon pauvre père, et, devenant poétesse juste un instant, comme quelqu’un se lève au milieu d’une assemblée et chante dans une langue inconnue, se souvenant sans doute du rythme de quelques longues phrases apprises à l’école, je n’avais pas vu la mer, poursuit-elle, mais il y avait ces immenses champs de blé, et le vent, elle fait un geste pour dire trembler, onduler, et le vent, et elle ne savait pas comment finir sa phrase… c’était comme la mer.

Un mage en été (2010)