Ségur (Comtesse de). La poupée de cire

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Un jour, Sophie pensa qu’il était bon de laver les poupées, puisqu’on lavait les enfants; elle prit de l’eau, une éponge, du savon, et se mit à débarbouiller sa poupée; elle la débarbouilla si bien, qu’elle lui enleva toutes ses couleurs: les joues et les lèvres devinrent pâles comme si elle était malade, et restèrent toujours sans couleur. Sophie pleura, mais la poupée resta pâle.

Les Malheurs de Sophie (1858)
Chapitre 1 – La poupée de cire

Alain Fournier. Le Grand Meaulnes

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Lorsqu’il faisait noir, que les chiens de la ferme voisine commençaient à hurler et que le carreau de notre petite cuisine s’illuminait, je rentrais enfin. Ma mère avait commencé de préparer le repas. Je montais trois marches de l’escalier du grenier ; je m’asseyais sans rien dire et, la tête appuyée aux barreaux froids de la rampe, je la regardais allumer son feu dans l’étroite cuisine où vacillait la flamme d’une bougie.

Mais quelqu’un est venu qui m’a enlevé à tous ces plaisirs d’enfant paisible. Quelqu’un a soufflé la bougie qui éclairait pour moi le doux visage maternel penché sur le repas du soir. Quelqu’un a éteint la lampe autour de laquelle nous étions une famille heureuse, à la nuit, lorsque mon père avait accroché les volets de bois aux portes vitrées. Et celui-là, ce fut Augustin Meaulnes, que les autres élèves appelèrent bientôt le grand Meaulnes.

Le Grand Meaulnes (1913)

Perrault (Charles). Le Petit Chaperon rouge

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Il était une fois une petite fille de village, la plus jolie qu’on eût su voir ; sa mère en était folle, et sa mère-grand plus folle encore. Cette bonne femme lui fit faire un petit chaperon rouge, qui lui seyait si bien que partout on l’appelait le Petit Chaperon rouge.

Le loup se mit à courir de toute sa force par le chemin qui était le plus court, et la petite fille s’en alla par le chemin le plus long, s’amusant à cueillir des noisettes, à courir après des papillons, et à faire des bouquets des petites fleurs qu’elle rencontrait.

Histoires ou Contes du temps passé (1697)

Perrault (Charles). Le Petit Poucet

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Il survint une grosse pluie, qui les perça jusqu’aux os ; ils glissaient à chaque pas, et tombaient dans la boue, d’où ils se relevaient tout crottés, ne sachant que faire de leurs mains.

Le Petit Poucet grimpa au haut d’un arbre, pour voir s’il ne découvrirait rien ; ayant tourné la tête de tous côtés, il vit une petite lueur comme d’une chandelle, mais qui était bien loin, par delà la forêt. Il descendit de l’arbre, et, lorsqu’il fut à terre, il ne vit plus rien : cela le désola.

→ Le texte complet sur Wikisouce

Traditionnel. Le Bon Roi Dagobert


→ Illustrations originales de Nathalie Trovato
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Le bon roi Dagobert
A mis sa culotte à l’envers ;
Le grand saint Éloi
Lui dit : Ô mon roi !
Votre Majesté
Est mal culottée.
C’est vrai, lui dit le roi,
Je vais la remettre à l’endroit.

→ Plus de texte et d’informations sur Wikipédia

Rimbaud (Arthur). Enfance

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Au bois il y a un oiseau, son chant vous arrête et vous fait rougir.
Il y a une horloge qui ne sonne pas.
Il y a une fondrière avec un nid de bêtes blanches.
Il y a une cathédrale qui descend et un lac qui monte.
Il y a une petite voiture abandonnée dans le taillis, ou qui descend le sentier en courant, enrubannée.
Il y a une troupe de petits comédiens en costumes, aperçus sur la route à travers la lisière du bois.
Il y a enfin, quand l’on a faim et soif, quelqu’un qui vous chasse.

Illuminations (1886)

Rimbaud (Arthur). Ma Bohème


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Je m’en allais, les poings dans mes poches crevées ;
Mon paletot aussi devenait idéal ;
J’allais sous le ciel, Muse ! et j’étais ton féal ;
Oh ! là là ! que d’amours splendides j’ai rêvées !

Mon unique culotte avait un large trou.
– Petit-Poucet rêveur, j’égrenais dans ma course
Des rimes. Mon auberge était à la Grande Ourse.
– Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou

Et je les écoutais, assis au bord des routes,
Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes
De rosée à mon front, comme un vin de vigueur ;

Où, rimant au milieu des ombres fantastiques,
Comme des lyres, je tirais les élastiques
De mes souliers blessés, un pied près de mon cœur !

Recueil de Douai (1870)

Fombeure (Maurice). Le coquillage


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Ronfle coquillage
Où l’on entend tout le bruit de la mer
Vague par vague
Où l’on entend marcher les petits crabes
Où l’on entend mugir le vent amer.

Ronfle coquillage
Ah ! je revois tous les bateaux de bois,
Les voiles blanches
Claires comme un matin de beau dimanche
Ailes de la joie.

Ronfle coquillage,
En toi je retrouve les beaux jours vivants,
Où les mouettes claquaient au vent
Dans un grand ciel bleu gonflé de nuages,
De nuages blancs signe du beau temps.

Ronfle coquillage.

[Dans l’anthologie Pin Pon d’or : Comptines, formulettes, berceuses, rondes, chansons, ritournelles, poésies recueillies par Armand Got, illustrées par André Hellé. Éditions Bourrelier et Cie, 1951.]

Apollinaire (Guillaume). Saltimbanques

Dans la plaine les baladins
S’éloignent au long des jardins
Devant l’huis des auberges grises
Par les villages sans églises

Et les enfants s’en vont devant
Les autres suivent en rêvant
Chaque arbre fruitier se résigne
Quand de très loin ils lui font signe

Ils ont des poids ronds ou carrés
Des tambours des cerceaux dorés
L’ours et le singe animaux sages
Quêtent des sous sur leur passage


Ce poème figure dans Alcools, recueil que Guillaume Apollinaire fait paraître à Paris en 1913. Il évoque des tziganes, venus d’Europe centrale, qui se produisaient alors comme artistes de rues. Picasso consacre à ces personnages des tableaux peints dans sa « période rose » (1904-1906). L’Andalou vit alors à Montmartre, et se lie d’amitié avec notre poète qui lui rend de fréquentes visites dans son atelier du Bateau-Lavoir (Place Émile Goudeau, dans le XVIIIe). Les douze vers octosyllabes du texte nous séduisent par la simplicité de leur écriture. Ils nous font partager la tendre sympathie que l’auteur éprouve à l’égard de familles pauvres et vagabondes, qui apportent couleurs et rêves dans nos villages gris.


POUR JOUER, POUR APPRENDRE

Moulin à paroles (M@P)
Lis avec tes yeux quand le texte est écrit, et avec ta mémoire quand il est effacé → PDF (Réservé aux adhérents)

QCM
10 questions à 1 point → En ligne

Un commentaire savant
Intermittences des saltimbanques → En ligne

Cadou (René Guy). Automne


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Odeur des pluies de mon enfance
Derniers soleils de la saison !
À sept ans comme il faisait bon,
Après d’ennuyeuses vacances,
Se retrouver dans sa maison !

La vieille classe de mon père,
Pleine de guêpes écrasées,
Sentait l’encre, le bois, la craie
Et ces merveilleuses poussières
Amassées par tout un été.

Ô temps charmant des brumes douces,
Des gibiers, des longs vols d’oiseaux,
Le vent souffle sous le préau,
Mais je tiens entre paume et pouce
Une rouge pomme à couteau.


[Les amis d’enfance. Quatorze poèmes inédits. Préface de Jean Follain. Avec un portrait du poète par lui-même. D’après la maquette de Christian Delorme. Bourges, Maison de la Culture, 1965.
Repris dans Poésie la vie entière. Œuvres poétiques complètes, préface de Michel Manoll, Seghers, 1978, p. 358.]