Roubaud (Jacques). Hanneton

PDF (Réservé aux adhérents)


Le hanneton a disparu
il était lourd et maladroit
il ne volait pas toujours droit
dans le soir de juin jaune et cru

on lui chantait : « hanneton !
hanneton vole vole vole ! »
on lui chantait : « hanneton !
hanneton vole vole donc ! »

Le hanneton a disparu
de quel mal était-il la proie
quelle poudre jetée de quels doigts
l’a rayé de la carte des vies

on lui chantait : « hanneton !
hanneton vole vole vole ! »
on lui chantait : « hanneton !
hanneton vole vole donc ! »

par la fenêtre ouverte
il entrait dans la chambre
étonné hésitant
il venait des feuilles vertes
et chaudes dans l’ombre
je m’en souviens souvent

on lui chantait : « hanneton !
hanneton vole vole vole ! »
on lui chantait : « hanneton ? »

(Jacques Roubaud, Les animaux de tout le monde. Seghers, 1990, p. 55.)

Perrault (Charles). Le Chat botté

PDF (Réservé aux adhérents)


Lorsque le Chat eut ce qu’il avait demandé, il se botta bravement, et, mettant son sac à son cou, il en prit les cordons avec ses deux pattes de devant, et s’en alla dans une garenne où il y avait grand nombre de lapins. Il mit du son et des lasserons dans son sac, et, s’étendant comme s’il eût été mort, il attendit que quelque jeune lapin, peu instruit encore des ruses de ce monde, vînt se fourrer dans son sac pour manger ce qu’il y avait mis.

Histoires ou Contes du temps passé (1697)

Proust (Marcel). Des mouettes sur la digue

PDF (Réservé aux adhérents)


« Seul, je restai simplement devant le Grand-Hôtel à attendre le moment d’aller retrouver ma grand’mère, quand, presque encore à l’extrémité de la digue où elles faisaient mouvoir une tache singulière, je vis s’avancer cinq ou six fillettes, aussi différentes, par l’aspect et par les façons, de toutes les personnes auxquelles on était accoutumé à Balbec, qu’aurait pu l’être, débarquée on ne sait d’où, une bande de mouettes qui exécute à pas comptés sur la plage — les retardataires rattrapant les autres en voletant — une promenade dont le but semble aussi obscur aux baigneurs qu’elles ne paraissent pas voir, que clairement déterminé pour leur esprit d’oiseaux. »

→ Proust (M.), À l’ombre des jeunes filles en fleurs, Deuxième partie: « Noms de pays: Le pays », dans À la recherche du temps perdu, tome I, éd. de Pierre Clarac et André Ferré, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1954, p. 788.

Brassens (Georges). La cane de Jeanne

PDF (Réservé aux adhérents)


La cane
De Jeanne
Est morte au gui l’an neuf…
Elle avait fait, la veille,
Merveille!
Un œuf.

La cane
De Jeanne
Est morte d’avoir fait,
Du moins on le présume,
un rhume,
Mauvais!

La cane
De Jeanne
Est morte sur son œuf,
Et dans son beau costume
De plumes,
Tout neuf!

La cane
De Jeanne
Ne laissant pas de veuf,
C’est nous autres qui eûmes
Les plumes,
Et l’œuf!

Tous, toutes,
Sans doute,
Garderons longtemps le
Souvenir de la cane
De Jeanne,
Morbleu!

→ Ici chantée par Georges Brassens
→ Dans l’album Le Vent (1953)

Verlaine (Paul). Impression fausse

PDF (Réservé aux adhérents)


Dame souris trotte,
Noire dans le gris du soir,
Dame souris trotte
Grise dans le noir.

On sonne la cloche,
Dormez, les bons prisonniers !
On sonne la cloche :
Faut que vous dormiez.

Pas de mauvais rêve,
Ne pensez qu’à vos amours.
Pas de mauvais rêve :
Les belles toujours !

Le grand clair de lune !
On ronfle ferme à côté.
Le grand clair de lune
En réalité !

Un nuage passe,
Il fait noir comme en un four.
Un nuage passe.
Tiens, le petit jour !

Dame souris trotte,
Rose dans les rayons bleus.
Dame souris trotte :
Debout, paresseux !

Parallèlement (1899)

Perrault (Charles). Le Petit Chaperon rouge

PDF (Réservé aux adhérents)


Il était une fois une petite fille de village, la plus jolie qu’on eût su voir ; sa mère en était folle, et sa mère-grand plus folle encore. Cette bonne femme lui fit faire un petit chaperon rouge, qui lui seyait si bien que partout on l’appelait le Petit Chaperon rouge.

Le loup se mit à courir de toute sa force par le chemin qui était le plus court, et la petite fille s’en alla par le chemin le plus long, s’amusant à cueillir des noisettes, à courir après des papillons, et à faire des bouquets des petites fleurs qu’elle rencontrait.

Histoires ou Contes du temps passé (1697)

Desnos (Robert). L’Ours


PDF (Réservé aux adhérents)


Le grand ours est dans la cage,
Il s’y régale de miel.
La Grande Ourse est dans le ciel,
Au pays bleu des orages.

Bisque ! Bisque ! Bisque ! Rage !
Tu n’auras pour tout potage
Qu’un balai dans ton ménage,
Une gifle pour tes gages,
Ta chambre au dernier étage
Et un singe en mariage.

Chantefables et Chantefleurs (1944)

Hugo (Victor). Choses du soir


PDF (Réservé aux adhérents)


Le brouillard est froid, la bruyère est grise ;
Les troupeaux de bœufs vont aux abreuvoirs ;
La lune, sortant des nuages noirs,
Semble une clarté qui vient par surprise.

Je ne sais plus quand, je ne sais plus où,
Maître Yvon soufflait dans son biniou.

Un panache gris sort des cheminées ;
Le bûcheron passe avec son fardeau ;
On entend, parmi le bruit des cours d’eau,
Des frémissements de branches traînées.

Je ne sais plus quand, je ne sais plus où,
Maître Yvon soufflait dans son biniou.

La faim fait rêver les grands loups moroses ;
La rivière court, le nuage fuit ;
Derrière la vitre où la lampe luit,
Les petits enfants ont des têtes roses.

Je ne sais plus quand, je ne sais plus où,
Maître Yvon soufflait dans son biniou.

L’Art d’être grand-père (1877)