De la transposition du matériel Montessori au français


La transposition mécanique du matériel Montessori de l’italien au français donne des résultats plutôt croquignolesques. Pour apprendre à lire avec un codage colorié comme celui proposé ci-dessus, pas de doute que l’élève doit être très doué.

Qui ne voit pas que, dans le mot AMBIANCE, les deux premières lettres se lisent ensemble, ce qui revient à dire qu’elles forment un seul graphème, codant un seul son qui n’est ni celui attendu du ‘a’ ni celui attendu du ‘m’, de même que pour le ‘a’ et le ‘n’ de la deuxième syllabe? J’en propose un autre qui me paraît plus clair. Ne trouvez-vous pas?

AMBIANCE

 

Mon enfant apprend à lire. Comment l’aider ?

Beaucoup de parents et de grands-parents ont à cœur d’accompagner les premiers pas des apprentis lecteurs. Ils ont raison de le faire. Ils nouent ainsi avec leurs enfants – ou ceux des autres – un lien qui ne s’effacera jamais. Et pourtant nous devons reconnaître que cette activité prend souvent un tour décevant. Qu’il arrive, hélas, que le succès ne soit pas au rendez-vous. Et, en cas d’échec, les protagonistes gardent de l’expérience un souvenir amer.

Que s’est-il donc passé ?

Le proverbe dit que c’est en forgeant qu’on devient forgeron. Se peut-il que ce ne soit pas en lisant que l’on apprenne à lire ?

Dans l’immense majorité des cas, l’adulte qui lit le fait dans des textes qu’il ne connaît pas et qu’il veut découvrir. Aussi, quand il s’adresse à un enfant, songe-t-il tout naturellement à lui proposer des textes que celui-ci découvrira chemin faisant, comme l’aventurier découvre des contrées nouvelles. En un mot, il lui demande de lire comme lui-même le fait. À ceci près que, ayant le souci de contrôler la lecture de son élève, il lui demande d’y mettre la voix.

L’adulte demande à l’enfant de lire à haute voix des textes qu’il découvre. Tel est le modèle d’activité le plus couramment pratiqué, celui qu’on juge le plus naturel et pour lequel on n’imagine pas d’alternative. Or celui-ci n’a rien de naturel, car l’adulte qui lit ne le fait pas à haute voix.

Imaginez que vous deviez lire un article de presse que vous n’avez jamais lu, ou une page de Marcel Proust, devant quelqu’un de plus instruit, qui évalue votre performance. Il est probable que la difficulté de l’épreuve vous fera bredouiller. Que votre lecture manquera de fluidité. Que cela ne vous amusera pas du tout. Et il est à parier surtout que vous ne serez pas plus habile à l’issue de l’expérience que vous ne l’étiez au départ. Un tel parcours d’obstacles ne constitue pas, en effet, une activité d’apprentissage mais, au mieux, une procédure de contrôle.

En demandant à un enfant de lire à haute voix, vous contrôlez dans quelle mesure il sait lire, mais vous ne lui apprenez pas à le faire. Pour autant qu’il montre de l’habileté, l’activité peut prendre un tour agréable pour lui comme pour vous. Vous pourrez même vous persuader alors que vous l’entraînez, comme on fait pour les sportifs ou les chevaux de course. Mais s’il se montre hésitant, maladroit, vous ne l’aiderez pas à acquérir davantage d’assurance. Pire que cela, vous risquez de lui faire détester la lecture. Et il est à craindre que les relations que vous entretenez avec lui s’en trouvent détérioriées. Ce serait dommage.

Mais alors, que faut-il faire ? me direz-vous. La réponse est simple. Le secret de la réussite tient en une phrase.

Un enfant apprend à lire, non pas en tâchant de deviner comment se disent les mots écrits, mais en observant comment s’écrivent les mots qu’il dit. Non pas en se demandant comment se prononce ce que l’on voit, mais comment s’orthographie ce que l’on dit. Non pas en partant de l’écrit pour retrouver l’oral, mais en partant de l’oral pour considérer l’écrit.

Et cela signifie que la procédure doit s’inverser. Dans vos échanges avec l’enfant, gardez pour vous l’activité de lecture et demandez-lui plutôt d’écrire. Lisez-lui lentement, posément, une page d’un album illustré, quelques phrases d’un conte, quatre vers d’une chanson ou d’une poésie. Répétez votre lecture. Montrez-lui le texte au fur et à mesure que vous le lisez, arrêtez-vous autant de fois qu’il faut pour échanger avec lui à propos de ce que le texte dit, et même de ce qu’il évoque sans le dire. Puis, de ce texte, extrayez cinq mots. Pas davantage. Écrivez ces derniers avec soin sur une feuille de papier, dans la forme fléchie (grammaticale) qu’ils présentent dans le texte, et demandez-lui de concentrer sur eux son attention.

Invitez-le à dire les noms des lettres qui composent ces mots, parlez avec lui de la manière souvent bizarre dont ils s’écrivent. Demandez-lui de les copier de visu (avec le modèle sous les yeux), puis de mémoire, en lui redisant les phrases, une à une, dans lesquelles ces mots figurent.

Le but est qu’il parvienne à écrire les cinq mots d’affilée, sous une seule dictée. Si, les premières fois, il n’en écrit de manière exacte que deux ou trois sur les cinq, vous vous en contenterez. Et lui aussi. Rien ne presse. Puis, redonnez-lui la feuille qui sert de modèle pour qu’il corrige sa copie. Chaque mot orthographié de mémoire vaut un point, pourvu qu’il ne contienne aucune erreur.

La séquence de travail, avec un élève de CP, ne dure pas plus de vingt minutes. À l’issue de laquelle, celui-ci a obtenu un score. En quelques mois de cet exercice, à raison de deux à trois séquences par semaine, il aura acquis les bases de la lecture. Et appris à écrire aussi bien qu’il lit.

En résumé : Ne demandez plus à votre enfant de lire à haute voix une ou plusieurs phrases qu’il découvre, mais plutôt d’écrire des mots extraits de phrases que vous lui lisez.