Roubaud (Jacques). Hanneton

PDF (Réservé aux adhérents)


Le hanneton a disparu
il était lourd et maladroit
il ne volait pas toujours droit
dans le soir de juin jaune et cru

on lui chantait : « hanneton !
hanneton vole vole vole ! »
on lui chantait : « hanneton !
hanneton vole vole donc ! »

Le hanneton a disparu
de quel mal était-il la proie
quelle poudre jetée de quels doigts
l’a rayé de la carte des vies

on lui chantait : « hanneton !
hanneton vole vole vole ! »
on lui chantait : « hanneton !
hanneton vole vole donc ! »

par la fenêtre ouverte
il entrait dans la chambre
étonné hésitant
il venait des feuilles vertes
et chaudes dans l’ombre
je m’en souviens souvent

on lui chantait : « hanneton !
hanneton vole vole vole ! »
on lui chantait : « hanneton ? »

(Jacques Roubaud, Les animaux de tout le monde. Seghers, 1990, p. 55.)

Descartes (René). Discours de la méthode

PDF (Réservé aux adhérents)


C’est pourquoi, sitôt que l’âge me permit de sortir de la sujétion de mes précepteurs, je quittai entièrement l’étude des lettres ; et me résolvant de ne chercher plus d’autre science que celle qui se pourroit trouver en moi-même, ou bien dans le grand livre du monde, j’employai le reste de ma jeunesse à voyager, à voir des cours et des armées, à fréquenter des gens de diverses humeurs et conditions, à recueillir diverses expériences, à m’éprouver moi-même dans les rencontres que la fortune me proposoit, et partout à faire telle réflexion sur les choses qui se présentoient que j’en pusse tirer quelque profit.

Car il me sembloit que je pourrois rencontrer beaucoup plus de vérité dans les raisonnements que chacun fait touchant les affaires qui lui importent, et dont l’événement le doit punir bientôt après s’il a mal jugé, que dans ceux que fait un homme de lettres dans son cabinet, touchant des spéculations qui ne produisent aucun effet, et qui ne lui sont d’autre conséquence, sinon que peut-être il en tirera d’autant plus de vanité qu’elles seront plus éloignées du sens commun, à cause qu’il aura dû employer d’autant plus d’esprit et d’artifice à tâcher de les rendre vraisemblables.

Et j’avois toujours un extrême désir d’apprendre à distinguer le vrai d’avec le faux, pour voir clair en mes actions, et marcher avec assurance en cette vie.

[Discours de la méthode (1637), Première partie. Texte établi par Victor Cousin, Levrault, 1824, tome I (pp. 121-132) → Wikisource.]

Ceronetti (Guido). Qui, dove abito…

PDF (Réservé aux adhérents)


Qui, dove abito, l’unica distrazione sono le fiche di ottobre, ancora staccabili con le proprie mani da una vera pianta con foglie; il cinema quando io sono arrivato era già da tempo sparito. Oh non ci andrei mai al cinema (non offrirebbe nulla di gentile) però mi riscalderebbe piacevolmente sapere che c’è, vicino, una sala e una tenda, dove si agitano ombre di piroscafi e di vestaglie. Direi: stasera al cinema; arriverei fin là, saluterei la cassiera disoccupata e proseguirei il viaggio nella notte.

Pensieri del tè. Adelphi, 1987, pp. 68-69.

De bien jolis mots, à la Villa Luna


+ de photos (Annie Jacomino et Sylvie T.)

La direction du réseau AnimaNice nous a permis de recevoir une quinzaine d’enfants dans les très beaux locaux de la Villa Luna, au 265 de la Promenade des Anglais. Le stage s’intitulait « Jolis mots » et il s’est déroulé chaque matin de la semaine du 9 au 13 juillet. Les moments consacrés aux activités de langage, que je conduisais, alternaient avec ceux dédiés aux activités artistiques, qui étaient dirigés par Sylvie T. J’ai été particulièrement heureux du duo que nous formions, et les enfants nous ont montré qu’ils l’étaient aussi. Si bien que je suis impatient déjà de pouvoir renouveler l’expérience. Je veux remercier celles et ceux qui l’ont permise: Michel Brunetti et Marie Gargiulo, qui nous ont reçus. Sandrine Beaugendre et Sarah Micoud de l’association A.T.E., et bien sûr les enfants eux-mêmes dont l’attention, le vif désir d’apprendre nous ont souvent émus.

Des nombreux échanges que nous avons eus entre adultes, j’en retiens un, que je livre ici sans commentaire… Comme l’a dit une fois le président Georges Pompidou en écho au poète Paul Éluard: « Comprenne qui voudra… »

– Ces deux enfants, la sœur et le frère que je découvre là, écoutent chaque mot que l’on dit. Ils reçoivent notre maigre enseignement comme du pain béni…
– C’est qu’en effet, on leur a promis l’école française depuis l’Afghanistan. Là-bas, les talibans interdisent aux Sikhs de fréquenter l’école. Et c’est pour que leurs enfants puissent aller à l’école que les parents sont partis…

Perrault (Charles). Le Chat botté

PDF (Réservé aux adhérents)


Lorsque le Chat eut ce qu’il avait demandé, il se botta bravement, et, mettant son sac à son cou, il en prit les cordons avec ses deux pattes de devant, et s’en alla dans une garenne où il y avait grand nombre de lapins. Il mit du son et des lasserons dans son sac, et, s’étendant comme s’il eût été mort, il attendit que quelque jeune lapin, peu instruit encore des ruses de ce monde, vînt se fourrer dans son sac pour manger ce qu’il y avait mis.

Histoires ou Contes du temps passé (1697)

À la MGEN

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Le 27 juin, la MGEN 06 mettait à l’honneur notre association et ses Moulins à paroles (M@P).

La rencontre coïncidait avec la publication du dernier numéro de la revue Initiative Mutualiste qui nous consacrait sa dernière page, et que je vous invite à télécharger sous ce lien.

Merci au président Lionel Le Guen et à Emmanuelle Rudio, la déléguée, pour l’attention qu’ils portent à notre travail, et merci aux adhérentes qui sont venues dialoguer avec nous (l’une arrivant tout droit du Brésil) ! 

Proust (Marcel). Des mouettes sur la digue

PDF (Réservé aux adhérents)


« Seul, je restai simplement devant le Grand-Hôtel à attendre le moment d’aller retrouver ma grand’mère, quand, presque encore à l’extrémité de la digue où elles faisaient mouvoir une tache singulière, je vis s’avancer cinq ou six fillettes, aussi différentes, par l’aspect et par les façons, de toutes les personnes auxquelles on était accoutumé à Balbec, qu’aurait pu l’être, débarquée on ne sait d’où, une bande de mouettes qui exécute à pas comptés sur la plage — les retardataires rattrapant les autres en voletant — une promenade dont le but semble aussi obscur aux baigneurs qu’elles ne paraissent pas voir, que clairement déterminé pour leur esprit d’oiseaux. »

→ Proust (M.), À l’ombre des jeunes filles en fleurs, Deuxième partie: « Noms de pays: Le pays », dans À la recherche du temps perdu, tome I, éd. de Pierre Clarac et André Ferré, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1954, p. 788.

Brassens (Georges). La cane de Jeanne

PDF (Réservé aux adhérents)


La cane
De Jeanne
Est morte au gui l’an neuf…
Elle avait fait, la veille,
Merveille!
Un œuf.

La cane
De Jeanne
Est morte d’avoir fait,
Du moins on le présume,
un rhume,
Mauvais!

La cane
De Jeanne
Est morte sur son œuf,
Et dans son beau costume
De plumes,
Tout neuf!

La cane
De Jeanne
Ne laissant pas de veuf,
C’est nous autres qui eûmes
Les plumes,
Et l’œuf!

Tous, toutes,
Sans doute,
Garderons longtemps le
Souvenir de la cane
De Jeanne,
Morbleu!

→ Ici chantée par Georges Brassens
→ Dans l’album Le Vent (1953)

Joyce (James). Strings in the Earth

PDF (Réservé aux adhérents)
Sur Instagram


Strings in the earth and air
Make music sweet;
Strings by the river where
The willows meet.

There’s music along the river
For Love wanders there,
Pale flowers on his mantle,
Dark leaves on his hair.

All softly playing,
With head to the music bent,
And fingers straying
Upon an instrument.

Chamber Music (1907)