Syllabons se fait connaître

Mardi dernier (le 09/10), j’étais invité à Draguignan, par Bruno De Cara, pour présenter la méthode Syllabons d’apprentissage de la lecture-écriture en français devant les professeurs d’école, en stage de formation CAPPEI (Certificat d’aptitude professionnelle aux pratiques de l’éducation inclusive): 34 participants et un débat passionnant.

Deux jours plus tard, le jeudi 11, c’est Catherine Moreau, Adjointe au Maire Déléguée à la Politique de la Ville, Conseillère métropolitaine, Conseillère départementale, qui m’invitait à rencontrer les représentants des bibliothèques et du monde associatif. En plus de la méthode, nous leur présentions le programme de formation reconnue par Open Badges qui débutera bientôt, pris en charge par l’Institut d’Études Supérieures des Travailleurs Sociaux. Cécile Formeau, de l’IESTS, défendait à son tour ce dispositif de reconnaissance informelle, destiné à venir en aide à ceux qui ont été écartés des diplômes et de l’emploi, mais qui est utilisé aussi dans de très savantes et très prestigieuses firmes internationales (on a cité IBM). Cette fois, les participants étaient au nombre de 36 et l’on me dit que 20 d’entres eux se sont inscrits pour le stage.

Merci donc à Bruno De Cara, merci à Catherine Moreau et Cécile Formeau. Gandhi disait : « Vous devez être le changement que vous voulez voir dans le monde. » Son esprit était avec nous.

Virgile Luigi ou L’école de l’art

Certains lieux « écoles » et certains lieux « art contemporain » aujourd’hui se ressemblent. Ils parlent la même langue. En visitant l’exposition de Laure Prouvost, l’été dernier, au Palais de Tokyo, je songeais à la très exotique et luxuriante Green School (Bali). Mais je songeais aussi à la classe de Virgile Luigi à l’école de L’Ariane-René Cassin. Trois « installations » très différentes où l’esprit d’enfance s’allie à l’exigence d’explorer, avec humour en même temps que de façon quasi-scientifique, l’environnement naturel, architectural, urbanistique. Chaque année, Virgile entraîne ses élèves de CM1 dans une aventure qui se termine en exposition. Le projet de l’année 2018-2019 est maintenant dans les tuyaux. Pour tout savoir sur le sujet et, surtout, pour contribuer vous-même à sa réalisation, cliquez sur le LIEN →

M@P et Syllabons sur Educlever

Les outils numériques que j’ai conçus pour l’apprentissage de la lecture-écriture en français sont désormais pris en charge par Educlever.com

Une étape importante est ainsi franchie dans l’essaimage des Moulins à paroles (M@P) et de la méthode Syllabons.

Je tiens à saluer les partenaires →, les enseignants, les animateurs associatifs, les étudiants, les amis, qui nous accompagnent, depuis plusieurs années, dans cette expérimentation. Et à remercier Nathalie Colombier, directrice pédagogique d’Educlever, pour la confiance dont elle nous témoigne.

Ce matériel pédagogique est en cours d’installation. Toutes les étagères ne sont pas encore bien rangées. Du coup, l’éditeur offre des accès gratuits. Profitez-en en vous inscrivant sous ce Lien →

Question de classe

Mon ami Benoit dirige une galerie d’art. Un jour il me téléphone pour me demander si je connais le lycée professionnel de D., qui est une petite commune de banlieue près de chez nous. Je lui réponds que j’ignorais l’existence de ce lycée. Il m’apprend que c’est un établissement qui ouvre ses portes et qui propose une section de design industriel dans laquelle sa fille Éléonore demande à être admise. Je connais Éléonore, que j’ai rencontrée quelquefois dans la galerie de son père où elle collabore avec goût à toutes sortes de tâches. C’est une jeune fille lumineuse, qui a beaucoup voyagé et qui est évidemment faite pour réussir. Je déclare à Benoit que l’idée me paraît excellente. Au cours de l’été, un message m’apprend qu’Éléonore a bien été reçue. On me précise que toute la famille s’en réjouit. Je félicite mon ami, et je n’y pense plus. Arrive l’automne. Un matin d’octobre, je retourne dans un quartier parmi les plus difficiles de notre banlieue où j’ai mes habitudes. Je dois y rencontrer des enseignants. Comme je me trouve dans une rue déserte, j’aperçois un jeune homme très grand et maigre, vêtu d’un survêtement, les mains gantées de noir, coiffé de l’inévitable capuchon enfoncé jusqu’aux yeux. Le tout lui donnant un air sombre à faire peur. Il se dirige vers moi. Mais soudain son visage s’éclaire. Il me reconnaît. Il sourit et me salue par mon nom: « Vous vous souvenez, Monsieur, vous veniez au collège nous parler de poésie ? ». Je lui réponds que oui, bien sûr, encore que je ne sois pas certain de le reconnaître. « C’est normal, Monsieur. Mais nous étions toujours contents quand vous veniez lire avec nous… C’était génial ! » Il cite les noms de deux ou trois poètes. Je suis touché, mais que répondre ? Je lui demande : « Tu n’es plus au collège ? » – « J’ai quitté le collège, maintenant je suis au lycée de D. » Son sourire s’élargit. Il paraît fier de ce qu’il m’annonce. Hélas, je me souviens d’avoir entendu parler de cet établissement, si bien que je m’exclame : « Le lycée professionnel de D. ? » Et là, tout de suite, je lis sur le visage de mon interlocuteur l’erreur que j’ai commise. Celui-ci s’attriste. Il est vexé : « Ah non, Monsieur, je ne suis pas au lycée professionnel. J’ai été admis au lycée général… » Je m’excuse, je bredouille. Je m’empresse de lui serrer la main, et je m’éloigne.

De la transposition du matériel Montessori au français


La transposition mécanique du matériel Montessori de l’italien au français donne des résultats plutôt croquignolesques. Pour apprendre à lire avec un codage colorié comme celui proposé ci-dessus, pas de doute que l’élève doit être très doué.

Qui ne voit pas que, dans le mot AMBIANCE, les deux premières lettres se lisent ensemble, ce qui revient à dire qu’elles forment un seul graphème, codant un seul son qui n’est ni celui attendu du ‘a’ ni celui attendu du ‘m’, de même que pour le ‘a’ et le ‘n’ de la deuxième syllabe? J’en propose un autre qui me paraît plus clair. Ne trouvez-vous pas?

AMBIANCE

 

Mon enfant apprend à lire. Comment l’aider ?

Beaucoup de parents et de grands-parents ont à cœur d’accompagner les premiers pas des apprentis lecteurs. Ils ont raison de le faire. Ils nouent ainsi avec leurs enfants – ou ceux des autres – un lien qui ne s’effacera jamais. Et pourtant nous devons reconnaître que cette activité prend souvent un tour décevant. Qu’il arrive, hélas, que le succès ne soit pas au rendez-vous. Et, en cas d’échec, les protagonistes gardent de l’expérience un souvenir amer.

Que s’est-il donc passé ?

Le proverbe dit que c’est en forgeant qu’on devient forgeron. Se peut-il que ce ne soit pas en lisant que l’on apprenne à lire ?

Dans l’immense majorité des cas, l’adulte qui lit le fait dans des textes qu’il ne connaît pas et qu’il veut découvrir. Aussi, quand il s’adresse à un enfant, songe-t-il tout naturellement à lui proposer des textes que celui-ci découvrira chemin faisant, comme l’aventurier découvre des contrées nouvelles. En un mot, il lui demande de lire comme lui-même le fait. À ceci près que, ayant le souci de contrôler la lecture de son élève, il lui demande d’y mettre la voix.

L’adulte demande à l’enfant de lire à haute voix des textes qu’il découvre. Tel est le modèle d’activité le plus couramment pratiqué, celui qu’on juge le plus naturel et pour lequel on n’imagine pas d’alternative. Or celui-ci n’a rien de naturel, car l’adulte qui lit ne le fait pas à haute voix.

Imaginez que vous deviez lire un article de presse que vous n’avez jamais lu, ou une page de Marcel Proust, devant quelqu’un de plus instruit, qui évalue votre performance. Il est probable que la difficulté de l’épreuve vous fera bredouiller. Que votre lecture manquera de fluidité. Que cela ne vous amusera pas du tout. Et il est à parier surtout que vous ne serez pas plus habile à l’issue de l’expérience que vous ne l’étiez au départ. Un tel parcours d’obstacles ne constitue pas, en effet, une activité d’apprentissage mais, au mieux, une procédure de contrôle.

En demandant à un enfant de lire à haute voix, vous contrôlez dans quelle mesure il sait lire, mais vous ne lui apprenez pas à le faire. Pour autant qu’il montre de l’habileté, l’activité peut prendre un tour agréable pour lui comme pour vous. Vous pourrez même vous persuader alors que vous l’entraînez, comme on fait pour les sportifs ou les chevaux de course. Mais s’il se montre hésitant, maladroit, vous ne l’aiderez pas à acquérir davantage d’assurance. Pire que cela, vous risquez de lui faire détester la lecture. Et il est à craindre que les relations que vous entretenez avec lui s’en trouvent détérioriées. Ce serait dommage.

Mais alors, que faut-il faire ? me direz-vous. La réponse est simple. Le secret de la réussite tient en une phrase.

Un enfant apprend à lire, non pas en tâchant de deviner comment se disent les mots écrits, mais en observant comment s’écrivent les mots qu’il dit. Non pas en se demandant comment se prononce ce que l’on voit, mais comment s’orthographie ce que l’on dit. Non pas en partant de l’écrit pour retrouver l’oral, mais en partant de l’oral pour considérer l’écrit.

Et cela signifie que la procédure doit s’inverser. Dans vos échanges avec l’enfant, gardez pour vous l’activité de lecture et demandez-lui plutôt d’écrire. Lisez-lui lentement, posément, une page d’un album illustré, quelques phrases d’un conte, quatre vers d’une chanson ou d’une poésie. Répétez votre lecture. Montrez-lui le texte au fur et à mesure que vous le lisez, arrêtez-vous autant de fois qu’il faut pour échanger avec lui à propos de ce que le texte dit, et même de ce qu’il évoque sans le dire. Puis, de ce texte, extrayez cinq mots. Pas davantage. Écrivez ces derniers avec soin sur une feuille de papier, dans la forme fléchie (grammaticale) qu’ils présentent dans le texte, et demandez-lui de concentrer sur eux son attention.

Invitez-le à dire les noms des lettres qui composent ces mots, parlez avec lui de la manière souvent bizarre dont ils s’écrivent. Demandez-lui de les copier de visu (avec le modèle sous les yeux), puis de mémoire, en lui redisant les phrases, une à une, dans lesquelles ces mots figurent.

Le but est qu’il parvienne à écrire les cinq mots d’affilée, sous une seule dictée. Si, les premières fois, il n’en écrit de manière exacte que deux ou trois sur les cinq, vous vous en contenterez. Et lui aussi. Rien ne presse. Puis, redonnez-lui la feuille qui sert de modèle pour qu’il corrige sa copie. Chaque mot orthographié de mémoire vaut un point, pourvu qu’il ne contienne aucune erreur.

La séquence de travail, avec un élève de CP, ne dure pas plus de vingt minutes. À l’issue de laquelle, celui-ci a obtenu un score. En quelques mois de cet exercice, à raison de deux à trois séquences par semaine, il aura acquis les bases de la lecture. Et appris à écrire aussi bien qu’il lit.

En résumé : Ne demandez plus à votre enfant de lire à haute voix une ou plusieurs phrases qu’il découvre, mais plutôt d’écrire des mots extraits de phrases que vous lui lisez.