Pourquoi des textes classiques ?

Une question m’est souvent posée par ceux qui s’intéressent aux Moulins à paroles (M@P), qu’ils soient élèves ou professeurs, à laquelle je vais essayer de répondre ici.

Ils me disent : « Pourquoi appliquer la méthode de la reconstitution de texte à des textes classiques, plutôt qu’à des textes plus simples et plus contemporains, choisis (ou produits) tout spécialement pour l’apprentissage élémentaire de la langue ? »

La première réponse à cette question est que je n’interdis à personne de produire des textes, et de les utiliser selon les mêmes principes. Mais qu’en effet, avec les M@P, il en va autrement. Pourquoi ?

Quatre raisons principales:

  1. Il me paraît important de proposer ce que la langue a produit, de partager ses contenus les plus marquants en même temps que d’enseigner ses formes. Il se trouve que les textes classiques jalonnent l’histoire du pays, qu’ils nous fournissent des repères chronologiques et géographiques, qu’ils se rattachent à des drames qu’il importe de ne pas oublier, et qu’en cela ils nous instruisent de manière irremplaçable. « La poésie est mémoire de la langue » (Jacques Roubaud).
  2. J’attache autant d’importance à la façon dont la langue se prononce qu’à la façon dont elle s’écrit. Et c’est la particularité de la poésie que d’être faite pour être dite (et entendue) autant que pour être lue. D’être faite pour la voix et pour l’oreille autant que pour les yeux et pour l’esprit.
  3. Nous avons besoin de textes brefs, qui se suffisent à eux-mêmes, pour faire l’objet d’une ou deux sessions de travail, dans des ateliers où l’on accueille ensemble des élèves d’âges et de niveaux très différents, et qui soient en même temps assez riches de sens, de forme assez parfaite, pour supporter (et justifier) d’être beaucoup répétés, beaucoup commentés et finalement mémorisés. Les poèmes classiques concentrent un maximum de sens et d’énergie en un plus petit nombre de mots. Ce sont les accumulateurs électriques (les batteries) de la langue.
  4. Avec les M@P, nous ne nous demandons pas quelles sont les formes générales de la langue que nous devrions observer nécessairement dans tous les cas, à l’oral et à l’écrit, mais seulement quelles sont celles que la langue a revêtues chez tel auteur, à tel moment de son histoire. Et nous les observons et nous tentons de les reproduire de la manière la plus exacte, comme par jeu, ou pour répondre à un défi que nous nous serions lancé à nous-mêmes.
À propos de cjacominoDocteur en sciences du langage. Directeur de l'association Ars legendi

Une réflexion sur “Pourquoi des textes classiques ?

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.