Plus en français (12). Ignorance et refus

La colère des Gilets Jaunes serait une force positive s’ils nous disaient à quelles dépenses, selon eux, l’état doit renoncer pour pouvoir, du même coup, baisser les taxes. Faute de quoi cette colère apparaît plutôt comme l’expression d’une ignorance en même temps que d’un refus. Ceux de prendre en compte les contraintes économiques. De les prendre au sérieux. De seulement y croire. Tout se passe comme s’ils ne pouvaient admettre que l’état ne soit pas tout puissant, et que, par conséquent, ils ne le sont pas non plus. Cette ignorance et ce refus font songer à ce que l’on observe, chez les plus jeunes mais aussi, bien souvent, chez les adultes, dans le rapport à la langue. On refuse d’assumer l’ordre économique comme on refuse d’assumer l’ordre du langage. Dans les échanges que j’ai quotidiennement avec des professeurs, je m’aperçois que ceux-ci pensent quelquefois que si leurs élèves ne savent plus la grammaire, ni ne connaissent plus les textes classiques, c’est peut-être désolant mais pas si grave en fin de compte, dans la mesure où l’ordre de la langue, du coup, viendrait lui-même à se défaire. Or, j’essaie de leur faire valoir que ce n’est pas le cas, et qu’il serait fou d’imaginer que ce le sera un jour. Certains élèves d’aujourd’hui savent mieux la grammaire que nous ne la savions à leur âge, et ceux qui auront le plus de chances d’occuper de hautes fonctions seront, demain comme hier, les plus cultivés. Ceux qui parleront et écriront de la manière la plus exacte. Dont les énoncés seront clairs et distincts. Et si cela ne s’apprend plus à l’école publique, cela continuera de s’apprendre dans certaines écoles privées et dans certaines familles. Le laxisme de l’école, son évitement à enseigner l’ordre de la langue aussi bien que l’ordre économique ne feront pas que ceux-ci se délitent. Leurs seules conséquences consistent à rendre les rapports sociaux plus difficiles, quelquefois plus violents, et surtout à creuser toujours plus les inégalités sociales. De même que l’économie nous contraint, la langue n’est pas ce que le sujet humain en dit, encore moins ce qu’il en veut. En 1972, en introduction à son séminaire annuel (Encore, p. 10), Jacques Lacan déclare : « À quelqu’un, un juriste, qui avait bien voulu s’enquérir de ce qu’est mon discours, j’ai cru pouvoir répondre – pour lui faire sentir, à lui, ce qui en est le fondement, à savoir que le langage n’est pas l’être parlant – que je ne me sentais pas déplacé d’avoir à parler dans une faculté de droit, puisque c’est celle où l’existence des codes rend manifeste que le langage, ça se tient à part, constitué au cours des âges, tandis que l’être parlant, ce qu’on appelle les hommes, c’est bien autre chose. »

À propos de cjacominoDocteur en sciences du langage. Directeur de l'association Ars legendi

2 réflexions sur “Plus en français (12). Ignorance et refus

  1. oui mais tu mangerais quoi sans ce bas peuple qui écrit mal et qui produit tout ce que tu peu manger ou utiliser. réduire les salaires des députés et leur enlever ce privilège qui fait que si le député n’est pas réélu va avoir 3 ans de chômage et si il fait deux mandats il a déjà ouvert ses droits a la retraite parlementaire. là de l’argent y’en a !!!!

    • Je serais plutôt d’accord avec toi. Je pense aussi qu’il y a beaucoup de dépenses de l’état qui profitent aux riches bien davantage qu’aux pauvres. Encore faut-il oser dire lesquelles, en discuter et se mette d’accord pour en faire l’économie.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.