Plus en français (8). Une invention dix-neuviémiste

L’école que nous connaissons est une invention dix-neuviémiste, contemporaine de la première révolution industrielle, obéissant aux mêmes principes rationalistes. Elle voudrait que l’élève apprenne les quelques règles de correspondances grapho-phonologiques dont on suppose qu’elles lui suffiront à lire tous les mots, même ceux qu’il ne connaît pas et même ceux qui n’existent pas. De la même manière, elle voudrait qu’il apprenne les règles grammaticales qui lui seront nécessaires et suffisantes pour produire toutes les phrases. De telles règles, bien sûr, n’existent pas. Du coup l’enseignement scolaire montre une efficacité très relative, étroitement conditionnée par le facteur familial. Pas question pour autant de renouer avec les humanités classiques. On ne veut plus du poids des livres. On ne veut surtout pas renoncer à une approche de la langue qui paraît plus démocratique. L’élève est censé s’exprimer avec celle, vivante, du monde qui l’entoure. À ceci près que tous les enfants ne baignent pas dans la même langue, et que si les livres n’opèrent pas comme des actants non-humains dans le réseau où ils évoluent, si ceux-ci n’apprennent pas la langue dans les textes, quelle chance ont-ils d’échapper un jour à leur milieu social, pour autant que ce soit là ce qu’on leur souhaite ?

À propos de cjacominoDocteur en sciences du langage. Directeur de l'association Ars legendi

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