Plus en français (7). L’illusion innéiste

L’enseignement scolaire repose sur l’idée selon laquelle la langue obéirait à une rationalité extérieure à elle, dont les principes seraient inscrits de manière native dans notre cerveau. Ainsi chaque enfant disposerait-il de tout le pouvoir de la langue, pourvu qu’il l’écoute à l’intérieur de soi et qu’il ose en user. On peut trouver admirable tel poème classique, de Victor Hugo ou d’un autre. On peut penser que celui-ci enrichit notablement notre littérature, comme tel tableau enrichit un musée. Pour autant, il ne viendrait à l’idée d’aucun pédagogue moderne que celui-ci enrichirait la langue elle-même, qu’il en ferait partie à son tour. Ce qui signifie que, pour le professeur, un élève peut tirer un bénéfice culturel de connaître ce poème, pourquoi pas après tout, mais qu’en aucun cas il aurait besoin de le savoir, de l’avoir jamais lu pour s’exprimer. Or, si nous n’avons pas besoin des textes, est-il bien certain que nous ayons besoin des mots ? Ou si, à l’inverse, nous admettons que nous avons besoin des mots, comment ne pas considérer que nous avons besoin des textes dans lesquels ceux-ci sont conservés ?

À propos de cjacominoDocteur en sciences du langage. Directeur de l'association Ars legendi

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.