Plus en français (4). Nos anciennes cantines

Les repas n’étaient pas préparés sur place mais à des kilomètres de là, précisément sur la plaine du Var, dans une usine. J’étais assez ancien dans le métier pour me souvenir d’une époque où, dans toutes les écoles, quand nous sortions dans la cour pour la récréation de dix heures, il était possible de reconnaître aux odeurs qui flottaient dans l’air les plats en train de cuire. Nous autres adultes allions boire un café à la cuisine, et les dames qui y officiaient, sortes de fées-marraines sorties des anciens contes, soulevaient les couvercles des énormes marmites pour nous montrer ce qui mijotait à l’intérieur. Puis à midi, quand nous finissions de déjeuner, elles venaient s’assurer que nos assiettes étaient bien vides. Dans le cas contraire, elles nous grondaient. « Vous n’avez pas aimé, Monsieur Christian, ou est-ce que votre amoureuse vous fait souffrir ? » Tandis qu’à présent, une seule usine confectionnait les repas pour toutes les écoles de la ville, les hôpitaux, la prison et les maisons de retraite. La nourriture était livrée à certaines heures de la matinée, dans des camions frigorifiques. Même les pâtes au beurre n’étaient pas préparées sur place. Le marché du Cours Saleya pouvait battre son plein sous nos fenêtres, les anciennes cuisinières portaient désormais des bonnets et des gants de laborantines, et elles ne faisaient rien cuire. Partant, plus d’odeur. Partant, plus de désir.

À propos de cjacominoDocteur en sciences du langage. Directeur de l'association Ars legendi

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