Plus en français (1). Des correspondances irrégulières

Un enfant qui apprend à lire s’appuie sur ce qu’il sait déjà de la langue. Lire consiste à reconnaître des mots et suppose donc que ces mots soient déjà connus. Celui qui apprend a pour tâche de faire coïncider quelque chose qu’il a sous les yeux avec quelque chose qu’il a dans l’esprit. En français, ce travail est particulièrement difficile parce que la correspondance entre la forme orale et la forme écrite d’un même mot est, le plus souvent, irrégulière. Le nombre de sons, le plus souvent, ne correspond pas avec celui des lettres, le second étant supérieur au premier. La forme écrite contient davantage d’informations. Quand je lis : “Les enfants chantent”, je rencontre dans le verbe une marque grammaticale (la terminaison) qui n’existe pas dans la forme orale. Et pour écrire ce mot, j’ai donc besoin de posséder plus de savoir, de mobiliser davantage de compétences et d’attention, que pour le dire. Mais ce n’est pas tout. Le radical du verbe se compose à l’oral de trois sons. Tandis qu’à l’écrit, il se compose de cinq lettres. Ce coefficient de régularité orthographique, qu’on peut calculer en divisant le nombre de sons par le nombre de lettres, et qui est presque toujours inférieur à 1 (0,375 pour la forme chantent), s’avère une caractéristique majeure de notre langue. Il explique la difficulté très particulière que l’on trouve à la lire et à l’écrire. Une difficulté à laquelle se heurtent les étrangers, bien sûr, qui les rend si souvent réticents à l’apprendre. Mais aussi bien nos propres écoliers, dont trop d’entre eux terminent leur scolarité sans avoir acquis les habiletés de base (orthographe, prononciation) nécessaires à son maniement dans un cadre professionnel.

À propos de cjacominoDocteur en sciences du langage. Directeur de l'association Ars legendi

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