Je suis un collectionneur de poèmes

Je suis un collectionneur de poèmes. Je suis un chasseur de poèmes disparus ou menacés de disparition. Tous les poèmes sont menacés de disparition comme sont les oiseaux, les papillons et les autres espèces animales et toutes les espèces vivantes. Mais je ne m’intéresse pas à tous les poèmes, seulement à ceux que je peux ranimer par la lecture collective dans des classes d’écoles ou de collèges. Je me promène dans des classes d’écoles et de collèges et j’y montre des poèmes comme des oiseaux rares, je projette leurs images agrandies sur les murs pour que les élèves admirent leurs couleurs et leurs formes, pour qu’ils les lisent ensemble, pour qu’ils les commentent et les apprennent par cœur. Je m’intéresse aux poèmes qui peuvent être lus et appris par des enfants et des adolescents, seulement eux. Un écrit qui n’est pas lu est comme mort, il repose dans l’oubli, et parmi ceux qu’on lit, les poèmes ont la particularité d’être courts et marqués par le rythme. Ils sollicitent la mémoire. Ce sont, parmi tous les écrits du monde, ceux qu’on peut transporter avec soi, qu’on peut redire de mémoire où qu’on se trouve et qu’on redit depuis l’enfance, à plusieurs moments de sa vie, jusqu’à sa mort. Ma question est de savoir pourquoi les enfants et les adolescents d’aujourd’hui sont privés d’en apprendre, pourquoi les adultes les en privent, qu’est-ce qui fait que leurs mémoires en contiennent si peu, pourquoi on ne les entend plus bruire dans leurs cerveaux comme des oiseaux dans le feuillage des arbres.

Voir aussi
Hanneton, de Jacques Roubaud

À propos de cjacominoDocteur en sciences du langage. Directeur de l'association Ars legendi

Une réflexion sur “Je suis un collectionneur de poèmes

  1. Pour ma part, j’ai souvent vu mes enfants butant sur la mémorisation d’une poésie car ils n’en comprenaient seulement pas le sens : le vocabulaire ne leur avait pas été expliqué, les images non plus. Difficile pour eux d’apprécier le poème incompris qui rend l’apprentissage plus fastidieux. On peut aisément penser ils n’auront fort probablement pas envie de transmettre plus tard quelque chose qu’ils n’ont pas aimé. J’étais catastrophée quand je m’en rendais compte et essayais de remédier mais combien de parents ont ils pu le faire ? c’est sans prétention que je dis cela mais nous savons tous que beaucoup d’enfants apprennent leurs leçons seuls soit qu’ils soient à l’étude, soit que les parents travaillent tard ou qu’ils ne connaissent pas la langue. Lorsque la qualité sera privilégiée à la quantité (car sitôt une poésie récitée, une nouvelle était à apprendre), le plaisir retrouvera une place nécessaire à l’envie de partager et transmettre

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