Apprendre n’est pas d’abord une affaire personnelle

Un linguiste qui a appris beaucoup de langues au cours de sa vie est mieux en mesure d’en apprendre une ou plusieurs autres encore. On peut dire de lui qu’il a appris à apprendre. Celui qui a beaucoup appris devient un jour capable d’apprendre seul. Il n’a plus besoin de maître, d’ailleurs il n’en trouve plus, il devient son propre guide. Mais cette autonomie que le savant rencontre à un moment de son itinéraire, est-elle à la portée d’un débutant ? Autrement dit, devons-nous considérer que ce redoublement – apprendre à apprendre – constituerait l’objectif des premiers apprentissages ? Ou ne devons-nous pas voir au contraire dans ce principe un pas de côté, une manière pour les professeurs et pour les adultes en général de se défausser de la tâche qui leur revient d’enseigner ? Une manière d’éviter cela ?

L’idée d’apprendre à apprendre présente un caractère férocement individualiste, qui paraît contraire aux fondements anthropologiques de l’apprentissage. L’humain est celui qui apprend. C’est principalement en cela qu’il se distingue des autres espèces animales. Chaque sujet à son tour apprend des autres humains, ce qui revient à dire qu’il apprend dans son enfance ce que les adultes savent déjà. Et il le fait non pas d’abord parce que l’objet de cet apprentissage, qu’il s’agisse d’un savoir ou d’une compétence, correspondrait à un besoin ou un goût personnels, mais parce que la communauté a un besoin vital de transmettre ce qu’elle a acquis au fil des millénaires, pour que cet héritage ne se dilapide pas, par souci instinctif de le voir préserver comme un trésor, et dans l’espoir qu’il soit enrichi, une génération après l’autre, au bénéfice de tous ses membres.

À propos de cjacominoDocteur en sciences du langage. Directeur de l'association Ars legendi

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