Hiver tardif

La fenêtre de la chambre était entrouverte sur un vaste jardin étouffé par la neige.

La neige dans la nuit était noire, sauf en de rares endroits où un lampadaire illuminait une branche d’arbre, un peu du gravier d’un chemin. C’était parfois un rayon de lune.

Une rivière traversait le jardin. Trois enfants y déplaçaient de grosses pierres rondes, je me demandais s’ils n’étaient pas aveugles, ils s’activaient sans rire mais sans effort non plus.

Nous savions que le jardin était désert, sauf ces enfants, si je ne les rêvais pas. Et sauf un gardien qui parcourait les sentiers avec son képi sur la tête et, à la main, un bâton de gendarme.

L’hôtel où nous dormions était désert lui aussi. Ce n’était pas un hôtel. Plutôt un petit château à courtes ailes, un pavillon de chasse, une folie qui, du temps du communisme, avait servi à accueillir les hôtes étrangers.

Nous dormions là, la cheminée éteinte, nous avions chaud. Après minuit, nous n’avons plus dormi, nous écoutions le neige qui glissait parfois d’une branche d’arbre sur le gravier du chemin. Nous écoutions l’eau de la rivière qui n’avait pas gelé, les pas d’un écureuil.

À propos de cjacominoDocteur en sciences du langage. Directeur de l'association Ars legendi

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